Dorothée Coulaud - Consultante en communication & marketing basée en Ardèche, en France.

Dorothée Coulaud, Fondatrice de Touch’ Com

Qu’est-ce que tu faisais avant de monter ta boite ?

Ok on va faire un petit saut dans le temps ! À 18 ans, j’ai eu envie de vivre à Londres. Là bas, j’ai bossé pas mal et surtout tombée amoureuse d’un Français qui travaillait avec moi dans un resto italien à Soho. Il est devenu mon mari et le père de mes enfants (c’est romantique hein).

On n’avait pas vraiment d’argent à l’époque.

Mais je voulais continuer mes études en France. On a donc bougé à Lyon. J’ai trouvé un BTS en alternance pour payer notre loyer. J’ai bossé dans la communication depuis lors.

D’abord chez Amoena (une marque de lingerie et de prothèses mammaires pour les femmes opérées du sein) puis chez Biomérieux où je suis tombée dans la communication digitale.

J’ai ensuite fait un an dans une agence web (c’était le début des réseaux sociaux :)) puis j’ai fait ma dernière année de master au groupe SEB. J’ai été embauchée et j’ai intégré le service de la direction des marques (Rowenta, Tefal, Moulinex, SEB).

Pendant 3 ans, j’ai travaillé sur les lancements des produits avec une dimension internationale. Notre équipe travaillait également sur le branding et sur la mise en place des réseaux sociaux ainsi que l’accompagnement des filiales sur divers sujets (branding, stratégie marketing, tournage de publicité…).

Finalement, j’ai bougé chez Nexity en tant que responsable marketing digital. Mon but était de promouvoir des logements dans le neuf via le digital, d’améliorer leur site internet, d’animer les réseaux sociaux, de suivre les ventes, de générer des contacts… Bref finalement, j’ai un parcours assez cohérent.

Quel a été l’élément déclencheur qui a fait que tu as décidé de créer ta boite ?

Ça a été LA réunion de trop. J’ai fait beaucoup de télétravail pendant le confinement en 2020. J’y avais trouvé un certain équilibre. Je ne faisais plus mes longs déplacements et j’avais plus de temps avec ma famille. Et puis d’un coup, on a été déconfinés. Il fallait retourner au travail. Tout le monde faisait comme s’il n’y avait jamais eu de pandémie. Allez, hop, on ferme les yeux et on revient en arrière.

La flexibilité qui nous avait été donnée avait été reprise. C’était incompréhensible. J’ai trouvé ma hiérarchie un peu vieille France, conservatrice. Le monde changeait et ils ne voulaient pas changer avec. 

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Mais j’ai courbé l’échine et je suis retournée au travail. Cette réunion-là, je m’en souviens bien. Ça faisait trois heures que je m’ennuyais. On parlait pour parler, personne n’osait prendre de décisions.

On tournait en rond. L’éléphant accouchait d’une souris. À ce moment-là, je me suis dit que je n’étais plus à ma place. Que je n’étais pas avec les bonnes personnes ! Toutes les semaines se répétaient sans fin.

J’étais stressée, exécrable avec mon entourage. Le jour où mon fils m’a dit « maman, si on n’existait pas, ce serait mieux, tu pourrais avoir plus de temps pour ton travail », je me suis dit que j’avais été trop loin dans la mauvaise direction.

Ce fut évident. J’ai commencé à poser sur papier l’idée de mon entreprise. J’ai enclenché mon départ pour sortir d’un cercle vicieux qui me faisait du mal. 

Quel était ton rêve quand tu t’es lancée ?

Je crois que je suis une personne altruiste : je me sens vraiment bien quand j’aide les autres. J’avais envie que mes compétences soient mises au profit d’entreprises intéressantes (dans le tourisme, l’éducation, l’enfance, la santé, l’environnement, la culture). Qui méritaient d’être accompagnées pour être plus visibles.

J’avais aussi envie de m’ancrer dans la région (j’ai déménagé en Ardèche récemment) en m’occupant de la stratégie de communication d’entreprises locales dans le bassin de l’Ardèche et de la Drôme. 

Le rêve c’est aussi de gérer mon emploi du temps comme je l’entends (et ça ne veut absolument pas dire de ne rien faire !). Bien poser les choses, construire mon entreprise en m’accordant du temps pour moi et mes proches. 

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Quelles ont été tes plus grandes peurs au lancement ?

Parfois, j’ai eu envie de faire un « control Z » sur ma vie et de reprendre tout à zéro.

Je me pose toujours un tas de questions. Et si mon entreprise n’apportait rien aux autres ? Et si personne n’y voyait l’intérêt/l’utilité ? Et si j’étais mauvaise ? Est-ce que je connais vraiment mon métier ? Est-ce que je suis légitime pour proposer mes services ?

Ce genre de pensées parasites viennent me bouffer le cerveau en permanence. Mais je travaille dessus parce que je sais que si je bosse bien, j’en récolterais les fruits. 

J’ai aussi peur de ne pas aller assez vite. De voir que je n’avance pas. Je culpabilise si je ne travaille pas, mais parfois c’est contre-productif. Par exemple, je ne prends pas le temps de lire un bouquin qui me permettrait de me former.

J’ai l’habitude depuis 15 ans d’être postée devant mon ordinateur et de produire des choses. M’aérer l’esprit, lire, prendre du temps pour booster ma créativité ; ça devrait faire partie de mon quotidien d’entrepreneure, mais j’ai encore du mal. 

Et si je peux ajouter une dernière peur, c’est celle de me confronter à la solitude. De m’isoler. Je suis d’un naturel introverti et je n’ose pas forcément aller parler à des gens. Quand j’avais des collègues, c’était plus cool. Les gens étaient déjà sur place, je ne devais pas me forcer pour trouver des personnes sympas avec qui bosser. Là, il va vraiment falloir que je trouve un coworking histoire de ne pas me sentir trop seule.

En quelques mots, comment décrirais-tu la réalité de l’entrepreneuriat ? Est-ce que c’est comme tu l’avais imaginé ?

Je ne suis pas du tout déçue, ça c’est sûr ! Bon ça ne fait que trois mois que je suis entrepreneure et que j’ai lancé Touch Com’, mais j’adore ça. J’ai l’impression de ne jamais m’ennuyer. C’est vraiment un mélange entre formation et création en ce moment.

J’ai un accompagnement de l’APEC pour tout ce qui concerne la création d’entreprise, les offres, le business plan. Je me forme aussi de façon autonome en ligne. Je lis des livres de freelance qui ont énormément de bons conseils. D’un autre côté, je travaille sur le branding de ma boîte et je communique sur Instagram pour structurer mon discours autour de mes offres de services. 

Maintenant, l’euphorie des débuts est en train de laisser place à la réalité : confronter mes idées à mon client. C’est toujours délicat. C’est le premier feedback terrain. J’ai beaucoup de mal à me sentir débutante, je me sens fragile, démunie. Je dois aussi apprendre à chiffrer le temps que je passe et ça, quand on se lance, on tâtonne beaucoup. 

Quel est LE conseil que tu aurais aimé entendre avant de te lancer ?

« Autorise-toi à souffler. » L’entrepreneuriat c’est comme une randonnée, pas une course de vitesse. C’est un conseil que mes proches m’ont donné, mais que je n’ai pas entendu. Je voulais aller vite.

J’ai parfois le sentiment de brûler les étapes et ça me fatigue sur le long terme. Mon mari me dit souvent « À chaque jour suffit sa peine ». Et c’est vrai, je ne peux pas tout faire en 24 h !

Je dois planifier mes journées et me créer un réel emploi du temps. Ne pas avoir trop de choses à faire. Ni trop peu. M’y tenir.

Et si je décide qu’un jour je ne me sens pas bien, eh bien, je fais une pause ! Je dois me dire qu’aucune journée n’est perdue, au contraire, ces pauses sont salutaires et me donnent la force de continuer plus sereinement. 

Comment gères-tu les difficultés ?

Je demande des conseils. Il ne faut jamais avoir honte de poser des questions. Je discute de l’entrepreneuriat avec des amis freelances et des commerçants (qui sont dans la cible de ma clientèle) et ils me donnent leurs avis, conseils et astuces.

Il ne faut pas avoir peur de profiter de l’expertise de gens autour de soi. Ni d’utiliser son réseau, même pour du démarchage (même si personnellement, je dois encore me faire violence pour le faire). 

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Qu’est-ce que tu aimes le plus dans cette aventure ?

Ce que j’aime le plus dans cette nouvelle vie c’est de me dire que j’ai la chance de créer mon job et mon quotidien comme je le souhaite ! De ne plus avoir ce sentiment en fin de journée, d’avoir gaspillé mon temps. J’aime aussi la bienveillance et l’envie de partager des conseils par d’autres freelances que je connais. J’adore le fait que je sois totalement libre. C’est fou de se dire qu’avant j’étais un peu l’esclave d’une grosse entreprise.

Je prends vraiment plaisir à créer de nouvelles choses, à croire en moi. Puis à partager mon temps. Je veux bosser dans une asso qui s’appelle les blouses roses pour aider les enfants hospitalisés.

Si je n’étais pas freelance, je ne pourrais pas compartimenter mes journées comme j’ai envie.

Qu’est-ce que tu aimes moins ?

C’est ce sentiment de l’imposteur que j’ai encore ! Même avec mes 15 ans d’expérience ! Mais j’y travaille. Plus j’avancerai et moins je le ressentirai, je pense. Pour le moment, je me sens un peu seule aussi. Je ne suis pas encore dans un espace de coworking, mais je pense que ça me ferait du bien de nouer de nouvelles relations professionnelles et pourquoi pas des amis via ce type d’espace de travail partagé.

Est-ce que le fait d’être une femme a été/est pour toi un problème ? Si oui, pourquoi ?

Pas vraiment. En tout cas pas pour le moment. Heureusement ! Mais j’avoue que le fait d’être une femme m’a peut-être poussé à faire ce choix de vie. Une vie plus équilibrée dans laquelle je peux passer plus de temps avec mes enfants.

Que dirais-tu à une femme qui veut créer son entreprise aujourd’hui, mais qui n’ose pas ?

Je lui dirai qu’il faut sauter le pas et qu’elle trouvera le moyen de réussir ! Elle aura en elle ce sentiment agréable de construire quelque chose pour elle et par elle. Que les jours auront du sens et ça c’est vraiment génial ! Et que même si c’est parfois déroutant, car il faut trouver de nouveaux repères, c’est une belle aventure !

J’ai aussi quelques conseils pragmatiques (car il en faut aussi !) : 

  • Poser sur papier son idée. Si elle est en poste, il faudrait qu’elle voie la meilleure façon de quitter son travail pour lui assurer une indemnité chômage et envisager financièrement les mois à venir. Cela lui permettra de structurer son activité sereinement avant de prospecter et d’avoir de premiers clients.  

  • Ensuite, se connecter à un groupe d’entrepreneurs pour avoir des points d’échanges avec d’autres créateurs d’entreprises, des formations, des conseils, etc.

  • De se faire une liste de choses à accomplir pour avancer tous les jours… Même un peu (lire le bouquin d’un. e freelance, regarder une formation, griffonner sur un papier son logo).


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Taryn Weggelaar – Fondatrice de l’école Loka Yoga School à Bali.

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Frédérique Riesen - Avocate, basée aux Diablerets en Suisse.